Philosophie

Les suspensions du jugement

À lire avant cet article : Esquisses de scepticismes

Dans l’Antiquité comme de nos jours, nous retrouvons associée à la notion de scepticisme celle de « suspension du jugement » qui semble au moins parfois avoir une importance particulière. On en présentera ou rappellera ici les conceptions philosophiques, puis celles de sceptiques scientifiques, de sorte à pouvoir les comparer.

Sextus dans ses Esquisses Pyrrhoniennes rapporte cinq « modes » ou « tropes » menant à la suspension du jugement. Le premier constat est l’incertitude marquée par les différences d’opinions entre les philosophes et entre lesquelles on ne saurait trancher. Le second, dit de la « régression à l’infini » est que toute preuve repose sur des bases nécessitant elles-mêmes d’être prouvées (sans que l’on ne puisse donc jamais aboutir à des bases certaines). Le troisième est que toute perception est relative à un point de vue, donc que nous ne pouvons pas nous prononcer sur la nature de la chose perçue (cela rappelle les tropes de Aenesidemus). Le quatrième est la tendance du dogmatique qui face à l’argument de la régression assume simplement l’hypothèse qu’il juge bon de considérer et qui lui est nécessaire. Le cinquième, dit « diallèle », correspond à qu’on appelle aujourd’hui le raisonnement circulaire.

Ces tropes mis en place dans sa vie personnelle par Sextus, et découlant sans qu’il ne le crédite du « trilemme d’Agrippa » (Vázquez, 2019), ne sont pas de simples constats comme je les ai appelés, ce sont des outils dialectiques liés entre eux pour former un processus complet ne pouvant que se poursuivre en boucle ou aboutir à la suspension du jugement.

Pour le pyrrhonien la suspension du jugement s’ancre dans un mode de vie, c’est un état stable et une heureuse fatalité lui permettant la tranquillité de l’esprit. Et même quand il se veut enquêteur le sceptique antique est destiné à continuer de chercher.

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« Le Nouveau Scepticisme » – Paul Kurtz

Paul Kurtz (1925-2012) était un Professeur de philosophie connu pour son travail en tant que sceptique scientifique et en tant qu’humaniste séculier. Il a laissé derrière lui plusieurs ouvrages exprimant son rapport au scepticisme et à l’humanisme, dont The new skepticism : Inquiry and reliable knowledge publié en 1992. A travers ses écrits, je rendrai compte ici de l’histoire et de l’identité du Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal (CSICOP) dont il a initié la fondation en 1976 en ayant convié scientifiques et philosophes à une conférence intitulée « The New Irrationalisms: Antiscience and Pseudoscience. » (Kurtz, 2001), puis de sa vision philosophique d’un « nouveau scepticisme » inspiré de la science.

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La pensée sceptique scientifique

« Le scepticisme valorise la méthode au-dessus de toute conclusion particulière. »

Steven Novella.

Après avoir présenté l’émergence du Comité Para en Belgique et la pensée fondatrice de Paul Kurtz aux États-Unis, ce billet cherchera à en observer des découlés contemporains. Quatre exemples vont ici servir à commencer d’explorer le sujet : deux anglophones (The Skeptics Society et The New England Skeptical Society) et deux francophones (Les Sceptiques du Québec et Bunker D).

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