Le Comité Para

C’est en étant officialisée en 1949 sous le nom de Comité belge pour l’investigation scientifique des phénomènes réputés paranormaux que naquit la première association de scepticisme scientifique, toujours active aujourd’hui et que nous connaissons sous l’appellation Comité Para.
Bien que certains mentionnent parfois comme première association ayant une pensée sceptique la Vereniging tegen de Kwakzalverij néerlandaise, qui lutte contre les charlatanismes pseudo-médicaux depuis 1881, c’est le Comité Para qui servit d’exemple pour la formation en 1976 du Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal (CSICOP), plus connu désormais sous le nom de Committee for Skeptical Inquiry (CSI).

Pour comprendre l’identité d’un mouvement et d’une philosophie il peut être important de revenir à ses origines et d’en retracer l’histoire. Pour cela un article (écrit en anglais) laissé derrière lui par le Professeur Jean Dommanget (1924–2014) (1993), ancien président de l’association, nous renseigne sur la création du Comité, et sur son histoire au-delà de l’époque que je vais traiter ici. Je remercie aussi Jeremy Royaux, actuel président du Comité Para, de m’avoir transmis « Les souvenirs d’un membre fondateur sur la création du Comité », chapitre écrit par le Professeur Paul M. G. Lévy (1910-2002) pour un ouvrage collectif du Comité Para (Dommanget et al., 1999). Ceux souhaitant en savoir plus sur l’histoire et la raison d’être du scepticisme scientifique pourront lire le travail déjà réalisé en anglais par Daniel Loxton (2013) pour The Skeptics Society, ainsi que l’ouvrage fondateur de Martin Gardner (1957), celui de Donovan Hilton Rawcliffe (1952), et avant eux celui de Daniel Webster Hering (1924).
 

Le commencement du scepticisme scientifique

Les premiers statuts du Comité Para furent publiés au Moniteur belge le 4 juin 1949 (date indiquée sur les statuts actuels de l’association datant de 2014), et la Banque-Carrefour des Entreprises (site gouvernemental belge) indique la date de création de l’association au 21 mai 1949. Mais il convient de remonter avant cette date pour comprendre l’histoire de ce que nous considérons comme la première association de scepticisme scientifique, et la motivation de son existence.

La situation semble pouvoir être résumée brièvement : la Grande Guerre, puis la Seconde Guerre Mondiale, laissèrent derrière elles de nombreux disparus, et avec eux, des proches, qui dans le désespoir de l’inefficacité des autorités à retrouver leurs êtres aimés, n’eurent pour seul recours apparent que de se tourner vers les vaines promesses des radiesthésistes et des médiums.

C’est donc en réaction à la montée des croyances profitant de la souffrance de la population que des universitaires de diverses disciplines voulurent agir. Le Professeur Bessemans, médecin et illusionniste, se mit dès l’entre-deux guerres à proposer des enseignements, des démonstrations et des expériences mettant à mal l’efficacité des radiesthésistes. À la suite de la Seconde Guerre Mondiale, en 1947, les intenses discussions engendrées par la confrontation des conférences présentées par le Docteur Hougardy puis par le Professeur Gueben à la Société de Médecine Légale de Belgique, poussèrent le Professeur Bessemans à proposer la mise en place d’expériences scientifiquement contrôlées. C’est dans ce cadre que fut créée la « scientific inspection commission » qui constitua « the original core group of the Belgian Committee of Skeptics » (Dommanget, 1993). Les expériences eurent des résultats négatifs qui ne furent pas acceptés par les tenants du paranormal.

À force de rencontres et de discussions, les membres de la commission (médecins, astronomes, physiciens, statisticiens, ingénieurs, illusionnistes, membres du système judiciaire, etc.) décidèrent le 15 janvier 1949 de s’étendre et de se donner un statut permanent en créant le Comité Belge pour l’Investigation Scientifique des Phénomènes Réputés Paranormaux (le Professeur Lévy insiste dans son chapitre sur les termes non anodins « Comité » et « Réputés »). Le Comité se conçut autour d’une philosophie se voulant non dogmatique avec pour slogan « Ne rien nier a priori, ne rien affirmer sans preuve. », et pour objectif principal de proposer des expériences scientifiques, notamment aux quelques honnêtes radiesthésistes croyant sincèrement en leurs capacités, et de les publier quels que soient leurs résultats. Si ce n’est pas aux sceptiques d’apporter les preuves contraires aux affirmations des croyants, mais à eux de les étayer, nier l’existence de phénomènes inexpliqués serait également une attitude facilement critiquable comme n’étant pas scientifique. De fait la création du Comité voulait aussi réagir à l’attitude jugée dogmatique de certains scientifiques se contentant de refuser systématiquement toute discussion sur un sujet paranormal.

Je vous invite à vous rendre sur la page consacrée à leur histoire sur le site du Comité.

En 2013, Roger Gonze (ancien président) et Olivier Mandler ont présenté le Comité Para et le scepticisme au Midi Santé de l’Observatoire de la Santé du Hainaut à Havré (Belgique). La conférence a été filmée est diffusée sur youtube en 8 parties.
 

Les objectifs du Comité

Les Statuts du Comité belge pour l’analyse critique des parasciences (2014) nous indiquent que l’association a pour but de dénoncer les affirmations contraires aux connaissances scientifiques (paranormales, religieuses ou autres), en promouvant la « pensée critique » et la « rigueur scientifique » dans un objectif pédagogique, « aider ainsi chacun à distinguer le vrai du faux ».

L’association se donne ainsi un « devoir de vigilance » face aux pseudo-médecines, aux utilisations de pseudo-sciences dans le cadre sociétal, et aux mésinformations dans les médias. 
Mais plus que dénoncer, le Comité Para se donne pour mission « l’étude objective et scientifique » de tout ce qui peut sembler relever de l’occultisme ou de la pseudo-science, et de transmettre le résultat des recherches au public.

Sur sa page internet Qui sommes-nous ?, le Comité Para se réclame explicitement du scepticisme scientifique, et indique rassembler tant des universitaires de diverses disciplines que des autodidactes en science.

Le Comité Para est membre de The European Council of Skeptical Organisations (ECSO). Cette organisation réunissant des mouvements sceptiques européens fut fondée en 1994 dans l’objectif de coordonner les actions consistant à enquêter de manière critique sur les affirmations pseudo-scientifiques concernant les phénomènes réputés paranormaux, mais aussi de faire connaitre au public les résultats de ces enquêtes. Le ECSO a notamment pour rôle d’organiser les congrès européens. Il aspire à promouvoir les plus hauts standards d’intégrité scientifique et de pratiques de recherche, d’éducation et de médecine, en s’opposant à celles dangereuses ou n’ayant pas fait preuve de leur efficacité, et en encourageant les expériences illustrant au public l’application de la pensée critique et scientifique aux affirmations paranormales et pseudo-scientifiques.

 
Le scepticisme organisé est ancré dans la sociologie et la méthodologie de l’institution scientifique. Mais ce que nous appelons le scepticisme scientifique est un mouvement populaire né dans la première moitié du 20ème siècle, à la fois pour contrer le développement de croyances au sein d’une population en deuil et facilement sujette aux impostures des professionnels du paranormal, et pour étudier scientifiquement l’éventuelle réalité de phénomènes réputés paranormaux. Au-delà de l’étude des parasciences, le scepticisme scientifique est porté par un objectif pédagogique en souhaitant répandre une démarche critique. Il peut s’agir de défendre les sciences, mais aussi les individus pouvant subir les conséquences parfois mortelles des prétentions pseudo-scientifiques.
 

En savoir plus

Comité Para. (s. d.). Qui sommes-nous ? Comité Para. https://comitepara.be/qui-sommes-nous/

Dommanget, J. et al. (1999). La Science face au défi du paranormal. Quorum.

Dommanget, J. (1993). The Comite PARA—A European Skeptics Committee. Journal of Scientific Exploration, 7(3), 317-321.

Statuts du Comité belge pour l’analyse critique des parasciences, (2004). https://archives.comitepara.be/missions/statuts.pdf

À propos du mouvement états-unien

World Skeptics Congress 2012: A Brief History of the Skeptical Movement (James Alcock)

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