Philosophie

Les suspensions du jugement

À lire avant cet article : Esquisses de scepticismes

Dans l’Antiquité comme de nos jours, nous retrouvons associée à la notion de scepticisme celle de « suspension du jugement » qui semble au moins parfois avoir une importance particulière. On en présentera ou rappellera ici les conceptions philosophiques, puis celles de sceptiques scientifiques, de sorte à pouvoir les comparer.

Sextus dans ses Esquisses Pyrrhoniennes rapporte cinq « modes » ou « tropes » menant à la suspension du jugement. Le premier constat est l’incertitude marquée par les différences d’opinions entre les philosophes et entre lesquelles on ne saurait trancher. Le second, dit de la « régression à l’infini » est que toute preuve repose sur des bases nécessitant elles-mêmes d’être prouvées (sans que l’on ne puisse donc jamais aboutir à des bases certaines). Le troisième est que toute perception est relative à un point de vue, donc que nous ne pouvons pas nous prononcer sur la nature de la chose perçue (cela rappelle les tropes de Aenesidemus). Le quatrième est la tendance du dogmatique qui face à l’argument de la régression assume simplement l’hypothèse qu’il juge bon de considérer et qui lui est nécessaire. Le cinquième, dit « diallèle », correspond à qu’on appelle aujourd’hui le raisonnement circulaire.

Ces tropes mis en place dans sa vie personnelle par Sextus, et découlant sans qu’il ne le crédite du « trilemme d’Agrippa » (Vázquez, 2019), ne sont pas de simples constats comme je les ai appelés, ce sont des outils dialectiques liés entre eux pour former un processus complet ne pouvant que se poursuivre en boucle ou aboutir à la suspension du jugement.

Pour le pyrrhonien la suspension du jugement s’ancre dans un mode de vie, c’est un état stable et une heureuse fatalité lui permettant la tranquillité de l’esprit. Et même quand il se veut enquêteur le sceptique antique est destiné à continuer de chercher.

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Les valeurs du scepticisme de Bertrand Russell

Bertrand Arthur William Russell (1872–1970) était un philosophe et logicien britannique. D’après la Stanford Encyclopedia of Philosophy (Irvine, 2022) il est généralement considéré comme un fondateur de la philosophie analytique moderne. Il est entre autres ouvrages l’auteur en 1928 des Sceptical Essays.

Le premier chapitre de cet ouvrage se nomme « On the value of scepticism » et on y comprend rapidement que le projet potentiellement épistémique de l’auteur y est avant tout un projet social et moral dont le doute et la raison sont les moyens.

Russell commence par présenter comme « subversive » la doctrine comme quoi il ne serait pas désirable d’admettre une proposition sans raison de supposer qu’elle soit vraie. Cette qualification sera étayée dans l’ouvrage en présentant les différents comportements humains selon les contextes, et l’objectif de son travail sera de justifier la valeur de sa doctrine en toute circonstance, quand bien même celle-ci révolutionnerait la politique et ruinerait voyantes et évêques.

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Esquisses de scepticismes


Sextus - Montaigne - Descartes - Hume - Russel


On ne peut nier l’intérêt de sceptiques scientifiques pour les scepticismes philosophiques, tant en France (Durand, 2015, 2016; Richard, 2015) qu’à l’international (Blumenfeld, 1998; Carroll, 2015). Si certains croient à un lien avec le scepticisme scientifique, il convient d’éclairer le scepticisme philosophique pour répondre à ce questionnement. Au sein de ce résumé sur le scepticisme en philosophie, les auteurs présentés le seront dans l’ordre chronologique, en exprimant leurs réactions face au scepticisme antique dit pyrrhonien.

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