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Les suspensions du jugement

À lire avant cet article : Esquisses de scepticismes

Dans l’Antiquité comme de nos jours, nous retrouvons associée à la notion de scepticisme celle de « suspension du jugement » qui semble au moins parfois avoir une importance particulière. On en présentera ou rappellera ici les conceptions philosophiques, puis celles de sceptiques scientifiques, de sorte à pouvoir les comparer.

Sextus dans ses Esquisses Pyrrhoniennes rapporte cinq « modes » ou « tropes » menant à la suspension du jugement. Le premier constat est l’incertitude marquée par les différences d’opinions entre les philosophes et entre lesquelles on ne saurait trancher. Le second, dit de la « régression à l’infini » est que toute preuve repose sur des bases nécessitant elles-mêmes d’être prouvées (sans que l’on ne puisse donc jamais aboutir à des bases certaines). Le troisième est que toute perception est relative à un point de vue, donc que nous ne pouvons pas nous prononcer sur la nature de la chose perçue (cela rappelle les tropes de Aenesidemus). Le quatrième est la tendance du dogmatique qui face à l’argument de la régression assume simplement l’hypothèse qu’il juge bon de considérer et qui lui est nécessaire. Le cinquième, dit « diallèle », correspond à qu’on appelle aujourd’hui le raisonnement circulaire.

Ces tropes mis en place dans sa vie personnelle par Sextus, et découlant sans qu’il ne le crédite du « trilemme d’Agrippa » (Vázquez, 2019), ne sont pas de simples constats comme je les ai appelés, ce sont des outils dialectiques liés entre eux pour former un processus complet ne pouvant que se poursuivre en boucle ou aboutir à la suspension du jugement.

Pour le pyrrhonien la suspension du jugement s’ancre dans un mode de vie, c’est un état stable et une heureuse fatalité lui permettant la tranquillité de l’esprit. Et même quand il se veut enquêteur le sceptique antique est destiné à continuer de chercher.

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La pensée sceptique scientifique

« Le scepticisme valorise la méthode au-dessus de toute conclusion particulière. »

Steven Novella.

Après avoir présenté l’émergence du Comité Para en Belgique et la pensée fondatrice de Paul Kurtz aux États-Unis, ce billet cherchera à en observer des découlés contemporains. Quatre exemples vont ici servir à commencer d’explorer le sujet : deux anglophones (The Skeptics Society et The New England Skeptical Society) et deux francophones (Les Sceptiques du Québec et Bunker D).

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Le Comité Para

C’est en étant officialisée en 1949 sous le nom de Comité belge pour l’investigation scientifique des phénomènes réputés paranormaux que naquit la première association de scepticisme scientifique, toujours active aujourd’hui et que nous connaissons sous l’appellation Comité Para.
Bien que certains mentionnent parfois comme première association ayant une pensée sceptique la Vereniging tegen de Kwakzalverij néerlandaise, qui lutte contre les charlatanismes pseudo-médicaux depuis 1881, c’est le Comité Para qui servit d’exemple pour la formation en 1976 du Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal (CSICOP), plus connu désormais sous le nom de Committee for Skeptical Inquiry (CSI).

Pour comprendre l’identité d’un mouvement et d’une philosophie il peut être important de revenir à ses origines et d’en retracer l’histoire. Pour cela un article (écrit en anglais) laissé derrière lui par le Professeur Jean Dommanget (1924–2014) (1993), ancien président de l’association, nous renseigne sur la création du Comité, et sur son histoire au-delà de l’époque que je vais traiter ici. Je remercie aussi Jeremy Royaux, actuel président du Comité Para, de m’avoir transmis « Les souvenirs d’un membre fondateur sur la création du Comité », chapitre écrit par le Professeur Paul M. G. Lévy (1910-2002) pour un ouvrage collectif du Comité Para (Dommanget et al., 1999). Ceux souhaitant en savoir plus sur l’histoire et la raison d’être du scepticisme scientifique pourront lire le travail réalisé en anglais par Daniel Loxton (2013) pour The Skeptics Society, la philosophie de Paul Kurtz (1992) ainsi que l’ouvrage fondateur de Martin Gardner (1957), celui de Donovan Hilton Rawcliffe (1952), et avant eux celui de Daniel Webster Hering (1924).
 

Le commencement du scepticisme scientifique

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